Rencontre avec Nabil Ben Yadir, réalisateur du film "Les Barons": "Les Barons est un film qui dit : si tu as un rêve, oses et fais le pas"

Publié le par Muriel

nabil ben yadir

Le film du réalisateur Nabil Ben Yadir a été projeté mardi dans le cadre de la compétition officielle du FIFM. "Les Barons" est une comédie qui aborde avec profondeur, mais dérision, le quotidien de trois jeunes bruxellois d'origine maghrébine. Trois "Barons", qui oscillent entre envie de faire et économie de l'effort... Le film est en négociation pour sortir au Maroc.

Les Barons est un long métrage qui propose un regard novateur puisqu'il adopte le ton de la comédie pour parler de sujets sociaux (l'intégration, le racisme...). Pensez-vous que la comédie et le rire permettent de tout dire?

 

Pour ma part, je pense que l'humour est rassembleur. Il est la seule manière de parler de tabous. Mais, selon moi, c'est un humour à deux rythmes : celui où tu ris et où tu comprends après. Le fond du film Les Barons est très dur, on aurait pu verser dans le misérabilisme ou la victimisation, mais nous avions la volonté de faire une comédie sur ces jeunes là, afin de montrer que nous pouvons rire de nous-mêmes et que l'on peut rire de tout. Le titre du film est Les Barons, mais c'est en fait une remise en question des barons, des glandeurs.

 

Vous parlez de remise en question. Est-ce “le” message que vous souhaitiez faire passer dans le film ou y en a-t-il d'autres?

 

Le message du film est qu'il ne faut pas rester forcément où tout le monde pense que l'on est censé être, il faut oser. Il faut aller plus loin que sa rue, que son quartier, et dépasser les frontières invisibles qui hantent les quartiers populaires. Pleins de gens disent que les quartiers populaires c'est la jungle, mais pour les mecs des quartiers populaires...c'est l'extérieur, la jungle. Hassan n'est pas un mec qui va avoir une carrière époustouflante, mais il fait un pas. Le film dit : “Si tu as un rêve, si tu as envie, fais le pas”.

 

D'ailleurs, cette philosophie du pas qui dit, selon les Barons, que chaque être humain a un nombre de pas limité dans sa vie et qu'il s'agit donc d'en faire le moins possible pour ne pas mourir jeune. Comment vous est-venue cette idée de fonder le film sur cette idée?

 

C'est une philosophie de vie qui est née d'une blague entre amis. Un jour, un ami nous appelle pour nous dire “J'ai trouvé une discothèque où l'on va pouvoir rentrer”. Et puis finalement, comme d'habitude, on ne nous a pas laissé rentrer. On lui a alors dit : “Tu nous a fait faire des pas pour rien”. Et finalement, c'est devenu une philosophie de vie, celle de ne pas bouger, de ne pas aller voir plus loin que son nez, voir les gens vivre. Mais, faire un pas, être amoureux, ce n'est plus être une Baron.

 

On peut remarquer dans le film que le Maroc est très présent, par les personnages, les coutumes, la darija. Était-ce important pour vous de rendre le Maroc aussi présent, et qu'évoque en vous votre bi-culturalité?

 

Pour moi, cette double culture est très enrichissante. La communauté marocaine est la plus grande communauté maghrébine en Belgique. Ainsi, le Maroc en filigrane était une vraie volonté. En fait, Hassan dans ce film, c'est un peu moi.

 

Votre film a beaucoup fait rire la salle lors de sa projection. Un humour juste, efficace et parfois surréaliste - dans les scènes et la façon de filmer -. Est-ce voulu?

 

J'ai réalisé ce film comme on réalise un rêve...Je pense que quand tu arrives avec un film qui s'intitule Les Barons, avec comme personnages Aziz, Hassan et Mounir...Tu t'attends à voir un film caméra épaule, où il pleut, où il y a des flics partout (ndlr. il n'y a pas de policiers dans le film Les Barons)...Et j'ai fait l'inverse, je me suis amusé avec les personnages et la caméra.

 

Et d'où vient cette volonté de donner autant ce look “Nike Air Max, Lévis et veste en cuir” aux trois protagonistes?

 

Ils n'inventent pas le style. Moi-même j'ai fait un effort pour le Festival (rire). Mais ce look là, c'est nous en fait. Les Barons existent vraiment, mais j'aimerais qu'il y ait plus de Hassan que de Mounir (ndlr. ce dernier n'a pas d'ambitions). En fait, autant pour leurs parents quand ils sont arrivés en Belgique, c'était “rêve pas trop”. Autant, là le message c'est “Tu ne rêves pas assez”.

 

Vous disiez tout à l'heure qu'il serait mieux d'avoir plus de Hassan que de Mounir. Concernant la Belgique, quel est votre regard sur cette seconde génération qui est partagée entre traditions et occidentalisation?

 

A Bruxelles, il y a un vrai problème de reconnaissance de ces jeunes puisqu'on les appelle les “allochtones” (ndlr. terme désignant une personne résidant en Belgique, dont un ou les deux des parents n'y est pas né), les Belges d'origine maghrébine, ou les arabes...A l'heure où il y a en France un débat sur l'identité nationale, en Belgique, on est plutôt dans la non-identité nationale. Alors, forcément, vu que le modèle d'identification nationale est inexistant, on s'identifie par communautés, par quartiers. Les Barons, ce sont des gens qui inventent leurs codes, leur univers pour vivre.


Et d'où est née l'idée de les appeler les barons?

 

C'était comme une manière de les anoblir. De les rendre comme des aristocrates qui ne paient pas d'impôts...Eux, c'est pareil, ils ne paient pas d'impôts car ils ne travaillent pas. Les barons sont en quelque sorte des “aristos urbains”.

 

J'ai entendu dire que votre mère était avec vous à Marrakech pour le Festival. Que représente pour vous  le fait de l'amener ici pour la projection et son regard sur le film?

 

Elle était très fière du film et de venir ici. C'est elle qui m'a fait découvrir des films de Bollywood, d'Alfred Hitchcock, d'autres avec Louis de Funès... A la maison, on ne regardait pas Scarface. C'est elle qui m'a donné envie de faire du cinéma. Et la ramener aujourd'hui à Marrakech est une vraie reconnaissance. C'est un cadeau pour ma mère. La seule chose gênante c'est que dès qu'elle aperçoit une personne qu'elle a déjà vu à la télévision, elle veut faire une photo avec elle... (rire) Mais c'est un vrai plaisir de famille!

 

Auteur : Propos recueillis par Muriel Tancrez / article paru dans le journal Aufait et dans le Journal Officiel du Festival international du film de Marrakech le 11 décembre 2009 (credit photo Samy El Mekkaoui)

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leila1212 27/02/2010 14:41


je vous souhaite bon courage pour l avenir inchallah,et tu a pu montrer au yeu tout le monde ke tu est un grand artiste parmi beaucoup bon courage a toi et ton equipe