SIEL 2009 : Rencontre avec Pierre Assouline, auteur de "Brèves de blog, le nouvel âge de la conversation" : Le livre... et après

Publié le par Muriel

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Le Salon du Livre et de l'Edition (SIEL) accueillait dans son édition de 2009 le journaliste, romancier et biographe français Pierre Assouline. Fondateur du blog littéraire "La République des Livres", il est lu quotidiennement par quelque 15.000 internautes, ce qui en fait un des meilleurs blogs francophones et un des plus consulté du web francophone. Auteur de "Brèves de blog - le nouvel âge de la conversation", paru cette année aux Editions Les Arènes, il est venu présenter l'ouvrage au public marocain. Détails d'un livre qui ouvre une nouvelle ère à la conversation et aux écrits puis, interview.

Cet ouvrage, que l'auteur est venu présenté au SIEL, est un véritable condensé de commentaires reçus sur son blog “La République des Livres”, 600 “posts”au total.

 

Une première anthologie de la Toile

 

Des commentaires remplis d'érudition, d'humour ou encore de violence - “propre à Internet” selon l'auteur - que viennent déposer quotidiennement tant d'internautes que son blog est finalement devenu un salon littéraire à dimension planétaire, où seuls les commentaires liés au racisme et à la vie privée sont modérés, preuve s'il en faut d'une liberté d'expression désirée.

Pour l'auteur, son blog est un espace de conversation où il devient alors l'hôte de milliers d'anonymes épris de littérature.

Au fil de son nouveau livre, ils nous fait découvrir des échanges de haut vol, des confidences, des polémiques, des jugements littéraires, aussi, qui côtoient des critiques inédites. En somme, un véritable recueil de passions culturelles partagées.

Mais mercredi, à écouter parler l'homme, ce n'était pas le sujet du livre qui intéressait outre mesure l'assistance, mais bien le regard avant-gardiste de l'auteur sur les évolutions prochaines du livre.

 

Du papier à l'écran : “Une plus grande révolution que celle de Guttenberg” selon Pierre Assouline

 

En effet, pour un homme de lettres et journaliste, Pierre Assouline tient un discours plutôt rare dans la bouche des amoureux du livre.

Lui, envisage sans gêne ni quelconque tristesse qu'un jour la technologie et Internet supplanteront le papier.

Il vante même les mérites d'Internet qui permet de faire connaître le livre et qui, selon lui, “ne va certainement pas le tuer”.

Selon l'auteur, ce sont surtout “les habitudes de lecture qui vont changer”. Et ce ne sont pas les jeunes présents à la conférence, tranche d'âge la plus représentée mercredi, qui allait le contredire, heureux de trouver en lui un allié-défenseur de leur cher Internet.

“Dans le monde vers lequel on se dirige, il y aura de moins en moins de papier, de plus en plus d'écrans, et surtout de plus en plus de connaissance.”

Pierre Assouline.

De fait, s'il en va ainsi, la technologie numérique n'entrainera pas la disparition du livre au sens de ce qu'il contient, le glissement d'un support à l'autre risquerait néanmoins d'entraîner la disparition de librairies, d'éditeurs... “et de livres inutiles” rajoute l'auteur, avant de conclure:

“Ce qui compte, ça n'est pas le support, mais bien le contenu.”


Questions à Pierre Assouline

 

Pensez-vous que la lecture sur écran, alors que son inconfort est avéré, deviendra un jour courante?

 

On est sur la voie. C'est, pour moi, une évolution naturelle. De plus, les outils vont se perfectionner et nous utiliserons les nouveaux supports. On lira, je pense, de plus en plus de blogs sur les téléphones portables. La seule différence sera la fragmentation des contenus qui sont alors détachés de leur contexte.

 

De plus, on connaît l'internaute comme une personne pressée: comment la longueur des livres pourrait-elle s'adapter à la lecture sur écran?

Aujourd'hui, le lecteur est un téléspectateur avant tout. Il zappe toujours et n'a plus de patience. Que ce soit sur papier ou sur écran, les gens abandonnent davantage qu'avant.

 

Tout ceci renvoie aux nouvelles technologies (ordinateurs, téléphones high-tech...). Ne pensez-vous pas que si l'on passait au livre numérique, on ne ferait que creuser le fossé déjà existant d'accès à la lecture?

 

Les livres papiers sont déjà peu accessibles, et il y a trop peu de librairies. Dans certains pays, par contre, il y a aujourd'hui des politiques pour permettre d'avoir des ordinateurs à 100 dollars, par exemple en Inde. Je pense qu'on trouvera bientôt plus d'ordinateurs collectifs que de bibliothèques. De plus, cela prend moins de place.

Vous qui êtes également journaliste, le numérique a bouleversé la pratique du métier. Comment le voyez-vous encore évoluer?

 

Je pense que l'on va glisser... Les grands journaux vont devenir des marques. Ils vont décliner un contenu unique en différentes plateformes dont le journal en sera une. De fait, nous serons face à une information à deux vitesses.

 

Pour finir, ne pensez-vous pas que le livre numérique risque de détruire le monde de l'édition?

 

Il supprimera tous les intermédiaires (distributeur, éditeur...), c'est sûr. Et ça n'est pas une bonne chose...

 

Biographie

Pierre Assouline est écrivain et journaliste. Actuellement chroniqueur au Monde 2 et à l'Histoire, il est aussi critique au Nouvel Observateur, au Magazine Littéraire et au Monde des Livres.
Il est également un biographe de renom et a déjà retracé les vies de Gaston Gallimard, Albert Londres, Hergé ou encore Simenon.
Ecrivain de romans, il a déjà publié Le dernier des Camondo en 1997, La Cliente en 1998, Lutetia en 2005, Le Portrait en 2007 et Brèves de blog, le nouvel âge de la conversation en 2009.

passouline.blog.lemonde.fr


Auteur : Muriel Tancrez / paru dans Aufait en février 2009

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