Le soufisme, des "Compagnons du Prophète" aux confréries contemporaines

Publié le par Muriel

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Comme chaque année, le Festival de Fès accueille les "Nuits soufies", un rendez-vous musical et intimiste qui se tient dans une semie-obscurité au sein de l'antre de Dar Tazi à minuit. Une occasion d'aborder les origines, mais aussi l'histoire et la portée - souvent méconnues - du soufisme et de ses adeptes, les soufis. Focus sur une histoire longue et complexe que nous allons tenter de résumer.

 

Comme bien souvent pour comprendre des courants ou pensées ancestraux, il convient tout d'abord de chercher leurs origines dans l'étymologie, il en va de même pour le soufisme et ses soufis.

Un peu d'étymologie

Ainsi, le mot soufi provient directement de “souf” ou “çouf” qui était la laine blanche que portaient les premiers mystiques. Le soufisme étant considéré comme la doctrine ésotérique [ndlr. nécessitant une initiation] de l'Islam - par opposition à sa partie exotérique, la chariya -, et de fait nous pouvons dire que les soufis sont les membres mystiques de l'Islam.

Le terme soufisme, lui, est traduit de l'arabe tasawwuf qui signifie littéralement “le fait de se vêtir de laine”, et s'applique donc à la pratique des mystiques soufis portant des vêtements de laine, à l'image du prophète.

Une naissance progressive

Ainsi, il semblerait que le soufisme soit d'ailleurs apparu spontanément, dans les pays gagnés par l'Islam, avec Mahomet. Et les premiers soufis recherchaient avant tout une règle de vie, un itinéraire spirituel pour aller vers Dieu.

A l'époque de la mort du Prophète, alors que les musulmans étaient divisés (sunnites et chiites), les soufis se soudèrent donc loin de ce climat de tension et de division en affirmant leur attachement à la “Voie de Mahomet”.

Si au début, ce groupe ne comptait que quelques adeptes, nommés alors “Compagnons du Prophète”, il s'élargit rapidement. Au VIIIème siècle, on pouvait déjà compter quelques mystiques islamistes adeptes du célibat, du végétarisme, de la mendicité...s'en remettant alors à Dieu pour leur subsistance. On les localisait particulièrement à cette époque du côté de koûfa et Bassorah.

Mais c'est au IXème siècle que le soufisme prend vraiment de l'ampleur - non sans connaître des malheurs - avec notamment le soufi Al-Halladj qui après avoir déclaré “je suis devenu celui que j'aime [Dieu]” se fit exécuter pour hérésie.

Si le soufisme s'est par la suite rapproché de l'Islam traditionnel, c'est véritablement au XXIIème siècle que ceux qui étaient traités comme des marginaux, devinrent des confréries reconnues.

Les confréries, maillons d'une chaîne initiatique

Ainsi, les soufis évoluent depuis en confréries. Au Maghreb, leurs membres sont nommés faqir (pauvre), tandis qu'en Orient, ils sont nommés Darwech (derviche).

Chaque confréries, qui est un maillon d'une chaîne initiatique ramifiée depuis les débuts de l'Islam, obéissent à des règles similaires. Elles portent le nom du fondateur, sont dirigés par un cheikh (vieux) qui transmet sa barakah aux fidèles. Il leur enseigne aussi le sens caché du Coran.

Côté pratique, le soufi se dégage du monde matériel et les rites soufis sont constitués de chants en commun, de poèmes soufis, de danses rituelles et d'invocation du nom d'Allah, un rituel auquel le public peut assister lors des soirées soufies programmées dans le festival.

A la recherche d'un itinéraire spirituel pour aller vers Dieu

Ce rituel a ainsi pour vocation de permettre de se rapprocher de Dieu puisque l'objectif d'un soufi est notamment de rechercher un itinéraire spirituel pour aller vers Dieu.

Néanmoins, la doctrine soufie est beaucoup plus complexe que cela à formuler.

Ce que nous pouvons néanmoins dire, c'est que le soufisme contient intrinsèquement le concept d'union à Dieu et d'unicité de l'Être.

Le soufisme aujourd'hui

Si, aujourd'hui, il existe de très nombreuses confréries cela est dû à la restructuration d'anciens ordres. Toutes les confréries, néanmoins, qu'il s'agisse de soufisme médiéval, post-médiéval ou même contemporain, gardent la même doctrine.

De nos jours, les maîtres soufis actuels font donc revivre les grandes figures passées du soufisme ; les uns et les autres étant l'expression d'une même réalité intemporelle issue de Mahomet.

Si la doctrine soufie semble aussi avoir influencé au cours de l'histoire l'oeuvre des grands initiés espagnols Sainte Thérèse d'Avila et Saint Jean de la Croix, elle se maintient au XXIème siècle dans presque toutes les régions du monde islamique, sunnite et chiite.

Muriel Tancrez.

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