Youssou N’Dour : "La tournée de mon nouvel album devait commencer en terre africaine"

Publié le par Muriel

Dakhla accueillait hier le concert de celui que l’on surnomme "la voix d’or de l’Afrique", Youssou N’Dour. Pour le premier concert de la tournée de son album "Dakar Kingston", il a présenté à cette occasion ses nouveaux titres, mais aussi ceux inspirés de la musique populaire sénégalaise : le Mbalax. Rencontre avec un artiste chaleureux et abordable.

Youssou N'dour lors de l'interview à Dakhla./RS
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Vous venez de présenter au Festival Mer et Désert de Dakhla votre nouvel album. Est-ce votre première fois ici et que représente pour vous le fait de chanter dans cette région du Maroc ?

 

Je ne suis jamais venu chanter ici. Cette année, nous avons été invités par le Festival et cela coïncidait avec la fin de nos répétitions et le début de notre tournée. Je pensais de toute façon que cet album devait commencer en terre africaine. La seconde raison, est que jamais je n’ai eu à entendre dans un Festival au Maroc, une programmation qui reprend les sources du blues. Je l’entendais au Mali, en Mauritanie mais c’est la première fois au Maroc. Ainsi, bien que je me rende sur de nombreux Festivals au Maroc, c’est la première fois dans un festival marocain que je vois naturellement une harmonie de cette musique dans une programmation. Je trouve que c’est magnifique et donc c’est un bon départ pour ma tournée.

 

Justement, cet album Dakar Kingston réalisé en hommage à Bob Marley sort le 8 mars prochain. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet et sur la musique qu’il contient ?

 

C’est un album reggae en hommage à Bob Marley. Alors pourquoi hommage à Bob Marley ? Car cette année ce sont les cinquante ans de l’indépendance de nombreux pays africains, et il y a beaucoup de manifestations organisées à cet effet. Nous souhaitions donc profiter de cette occasion pour rendre hommage à des grands. Pour nous, Bob Marley a été la première vedette venue du tiers monde, et je me souviens que quand on a vu Bob Marley toucher tellement les gens, on se disait : pourquoi pas nous ? Il venait d’un petit pays, ça n’était pas évident avant, et il y avait seulement les Beatles, les Rolling Stones… Sa réussite nous a vraiment poussé à croire en nous. De plus, sa musique est toujours là. J’ai grandi avec elle même si je ne l’incarne pas. J’ai donc voulu rendre hommage à la musique de Bob Marley à un moment où l’Afrique cherche un nouveau rebond. C’est, enfin, un moyen de montrer aux plus jeunes que la musique de Bob Marley est toujours là. Lui aussi sera toujours là.

 

Justement, Bob Marley – dans sa musique – était engagé. Vous êtes aussi un artiste engagé pour différentes causes, qui mettez votre renommée au service de différentes œuvres. J’aurais voulu savoir quelle place a l’engagement dans votre musique, votre vie d’artiste et votre vie en général ?

 

Je pense que j’ai toujours mis mes engagements en tant qu’activiste de côté. C'est-à-dire que je les incarne, je démarche, je les vis. Mais dans ma musique, ces engagements se reflètent moins, notamment car je chante principalement en wolof. Cependant, dans ce nouvel album, c’est la première fois que mon engagement en tant qu’activiste et ma musique se rejoignent, c'est-à-dire que les textes que j’ai utilisés sont des textes pour la liberté de la presse, la démocratie, contre la corruption, pour la bonne gouvernance… Le reggae aussi a permis de développer ce côté activiste.

 

Vous parlez de liberté de la presse. Vous avez d’ailleurs créé en 2003 un groupe de presse au Sénégal nommé Futurs-médias. Est-ce justement un geste activiste, une volonté de promouvoir une presse libre ?

 

Il faut savoir qu’au Sénégal, j’ai créé grâce à ça 380 emplois. Pour moi, c’était une façon de rendre la monnaie à mon pays car il m’a encouragé et aidé à avoir du succès, gagner de l’argent. Donc créer ce groupe de presse rejoint l’adage qui dit “au lieu de me donner du poisson, apprend moi à pêcher”. J’ai donc créé ces emplois et j’en suis très fier. Je pense de plus que la presse doit garder un certain équilibre et donner le micro à des gens qui ne l’ont pas toujours. Donc ma presse est très indépendante et très respectée au Sénégal.

 

Enfin, on peut dire que vous êtes en quelque sorte l’ambassadeur du Mbalax. Pouvez-vous nous expliquer davantage ce qu’est cette musique et quels sont ses origines ?

 

Cette musique vient de l’ethnie wolof, qui est la plus représentée chez nous au Sénégal. C’est une musique qui est partie d’une batterie de percussions, c'est-à-dire c’est comme une batterie moderne, avec beaucoup d’instruments de percussions. C’est la musique populaire de chez nous, mais ça n’est pas que la musique des forêts et des villages, c’est la musique des villes, de l’Afrique urbaine.


Propos recueillis par Muriel Tancrez (parution dans le Journal Aufait du 1er mars)

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