Signe extérieur de richesse

Publié le par Muriel

Lorsque l'on circule dans une grande ville marocaine, un sentiment surprend -malgré la pauvreté environnante (mendicité, bidonvilles...)- et prend l'air d'une rengaine tenace : “signe extérieur de richesse”, “signe intérieur de richesse”...

 

Une phrase, devenue véritable formule, slogan publicitaire même (“La nouvelle Clio, signe extérieur de richesse... intérieure”), preuve -s'il en faut- de la place qu'acquiert l'image dans nos vies.

 

Preuve de l'importance de posséder de la richesse, et surtout d'en faire étalage! Mais attention: nous parlons bien de richesse fiduciaire, pas de celle du coeur; du partage ostentatoire, pas de la redistribution.

 

C'est cela, le syndrome du “signe extérieur de richesse”. Une maladie sociale qui explose dans les villes des pays émergents, plus encore que dans les pays développés.

 

Un syndrome que nous connaissons tous, qui circule dans nos rues, nous frôle, nous atteint, ou pas.

 

Ce syndrome agrandit les maisons et fait croître le nombre de voitures dans le garage. Il autorise à regarder d'un air hautain ses congénères, ôte bien souvent le sourire (car avoir l'air sérieux, c'est mieux), et permet de faire du rallye dans Casablanca à bord de gros Hummer polluants, les lunettes de soleil rivées au nez même la nuit.

 

Ce syndrome pousse à fréquenter -il le faut!-, le resto du moment et, pour les femmes, à aller autant de fois qu'il le faut chez l'esthéticienne. Il autorise, enfin, à se prétendre au-dessus des autorités puisqu'elles aussi, sont atteintes.

 

Ce syndrome du “signe extérieur de richesse” est la preuve du déséquilibre de la nation, du malaise social et de la quasi inexistence d'une classe moyenne. L'illusion que montrer sa richesse fera disparaitre la pauvreté alentour dans un pays chimérique, que la richesse extérieure comble le vide intérieur. Mais à quoi bon?

 

Le Maroc évoluera le jour où les grosses berlines ne se gareront plus à côté d'ânes décharnés, le jour où ceux qui ont le pouvoir et l’argent oseront tendre la main à celui qui n’en a plus qu’une...

 

Muriel Tancrez - Billet d'humeur paru dans Aufait du 08 mars 2010

Publié dans Chroniques

Commenter cet article