Samulnori Hanullim, quand les tambours sacrés font se rejoindre les quatre éléments

Publié le par Muriel

KIM-DUK-SOO_SAMULNORI-HANULLIM.JPG

Le Musée Batha de Fès vibrera mardi 8 juin sur les rythmes des tambours sacrés de l'ensemble Samulnori Hanullim, tout droit venu de Corée du Sud. Un voyage sonore et spirituel où se mêlent chorégraphie et musique pour faire résonner les quatre éléments. Un ensemble à découvrir demain à 16h au Musée Batha dans le cadre du 16ème Festival de Fès des musiques sacrées du monde.

Et le public aura en effet droit - avec le partenariat du Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme de la République de Corée et la collaboration du Centre Culturel Coréen à Paris - de goûter à tous les éléments réunis par les percussions de l'ensemble Samulnori Hanullim.

Quatre, chiffre fétiche des Samulnori Hanullim

Un ensemble créé il y a déjà plus de trente ans, au coeur de Séoul, né d'un mariage entre la culture rurale dénigrée et les nouvelles voies ouvertes par l'urbanisation.

Formé autour du prodige Kim Duk Soo qui rassemble neuf percussionnistes, cette formation perpétue un art à la fois musical, rythmique et acrobatique d’une rare complexité.

Sa-mul-nori, signifie littéralement “quatre-choses-jouer”, et s'inspire de la tradition plus ancienne du nongak [ndlr. musique de la récolte transmise entre générations de villageois] et des namsadang pae [ndlr. troupes itinérantes de musiciens].

De fait, au-delà du jeu, se cache bien sûr du sens mais aussi un chiffre, emblématique, le quatre.

Le quatre, car les Samulnori utilisent quatre instruments de percussion : le kkwaenggwari (kaenggwari) un petit gong à la sonorité très métallique, le jing (ching)grand gong aux puissantes vibrations, le janggo (changgo) tambour en forme de sablier, et enfin le buk (puk) un tambour aux origines chamaniques.

Quatre instruments symboliques puisqu'ils représentent également quatre éléments, à savoir le tonnerre, le vent, la pluie et les nuages.

Et puisque le chiffre quatre ne semble jamais les quitter, ces quatre instruments symbolisant les quatre éléments permettent à cet ensemble musical de réaliser quatre sortes de moments musicaux divers : les pièces instrumentales solistes, une suite de répertoires traditionnels régionaux, une prière narrative pour chasser les mauvais esprits et des rythmes de danses paysannes.

Enfin, tout cet art met en scène le jeu des quatre énergies fondamentales : physique, émotionnelle, mentale et spirituelle. Preuve, s'il en faut, de la sacralité de ces tambours.

Une origine rituelle

La pratique de ces “tambours sacrés”, comme ils les appellent, a ainsi une origine rituelle.

La performance physique, virtuose et scénique que requiert la pratique de ces tambours, ramène en effet à leur origine rituelle, de chasseurs de démons.

Ils auraient pour vertu, de par leur force tellurique, de bousculer le ciel et ses habitants, exorciser et guérir les humains, invoquer et influencer les forces de la nature, ou encore amadouer un climat dont dépendaient les récoltes de riz.

Une des fiertés du peuple coréen

Si aujourd'hui, l'art des SamulNori n'est peut-être plus pratiqué pour influencer les récoltes de riz, il contribue néanmoins à l'affirmation identitaire du peuple coréen, notamment en effectuant des concerts de plus en plus nombreux et remarqués à l'international.

Un engouement qui entraine un renouvellement de la transmission des répertoires et du geste ancestral. Une bonne nouvelle, pour un art spectaculaire à découvrir sans faute!

Kim Duk Soo, qui dirige l'ensemble depuis plus de vingt ans, fut l'un des enfants prodiges de la percussion coréenne. Il a réuni autour de lui les meilleurs batteurs et s'attache à collecter les rythmes traditionnels quasi disparus dans les provinces pour en assurer la perpétuation.

Muriel Tancrez.

 

Publié dans Portraits

Commenter cet article