"Le Jamel Comedy Club est un outil que j'aurais voulu avoir quand je démarrais"

Publié le par Muriel

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La ville ocre va accueillir les 3, 4 et 5 juin prochains la toute première édition du Festival international d'humour au Maroc, le MDR, une abréviation qui - outre "mort de rire" - signifie aussi "Marrakech du rire". Jamel Debbouze, initiateur du Festival produit par Debjam, y présentera un spectacle. Rencontre, focus sur l'évènement et revue d'actualité de l'artiste.

Vous allez participer début juin au festival “Marrakech du rire”. Pouvez-vous nous parler de votre venue dans ce cadre précis?

Dans le cadre de ce Festival, nous allons jouer avec le Jamel Comedy Club. Ce spectacle est une sorte de patchwork de tous les artistes qu'on a rencontrés ces dernières années, et qui viendront chacun jouer leur partie. Je serai le maître de cérémonie. C'est exactement le même format que le spectacle qu'on a pu jouer au Casino de Paris.

Est-ce que ce spectacle s'articule autour de thèmes particuliers?

Ce sont des artistes en voie d'apparition qui sont lâchés devant le public. Le point commun de ces artistes c'est qu'ils sont jeunes et qu'ils racontent leur quotidien. On a des Noirs, des Arabes, des Croates, des Juifs, des Moldaves... qui habitent tous en France et qui se racontent. Ce qui les réunit, c'est qu'ils sont marrants et qu'ils permettent de passer un bon moment.

Ce spectacle réunit donc dix personnes ayant participé au Jamel Comedy Club. Comment s'est fait le choix de ces dix participants?

Ce choix découle du Jamel Comedy Club - la scène que l'on a avec le Comedy Club - où tous les samedi et dimanche, la troupe donne une représentation. La troupe a évolué: au départ, il y avait tous ceux que l'on a pu voir sur Canal+ et dans Inside, la série que l'on a produite. Puis au fur et à mesure, des artistes sont venus se présenter à nous. Nous venons d'ailleurs de faire des découvertes extraordinaires. Il y a Redouane Harjane, que vous découvrirez en juin, qui est un mec à l'univers très particulier, qui se demande si les enfants qui sont nés sous césarienne ont le sens de l'orientation, qui pense que le boomerang est un jeu pour les gens qui n'ont pas d'amis... (rire). Je suis convaincu qu'il va faire un vrai chemin. On a découvert un autre jeune qui s'appelle Malik Bentalha, qui vient de faire la première partie de Gad El Maleh au Grand Palais [ndlr. salle de spectacle parisienne] et qui a fait un malheur, d'ailleurs tous les producteurs se l'arrachent. A Marrakech, le public pourra aussi retrouver Yassine, Dedo, Shirley... Des gens vers qui le Jamel Comedy Club est allé.

Le fait, justement, que certains artistes qui sont passés par le Jamel Comedy Club puissent aujourd'hui voler de leurs propres ailes. Etait-ce le but et cela veut-il dire que le projet Jamel Comedy Club a atteint, en quatre ans, ses objectifs?

Nous servons de scène émergente. Cela peut paraître prétentieux, mais c'est le but. En définitive, nous avons créé l'outil que j'aurais aimé avoir lorsque j'ai démarré. C'est à dire une scène ouverte, où l'on vient s'essayer cinq minutes, sans aucun critère, sans aucune pression. Venez vous amuser et faîtes en sorte que ce soit contagieux! Après, on s'est aperçu qu'il y avait de vrais talents avec qui l'on fait un bout de chemin. Il n'y avait pas de stratégie: on a d'abord créé le Jamel Comedy Club, puis on s'est dit pourquoi pas un café théâtre qui s'appellerait Comedy Club, puis pourquoi pas continuer? (rire).

Et alors, est-ce que de nouvelles choses se dessinent justement pour l'avenir?

On a monté une série qui s'appelle Inside et qui a eu un vrai succès. Donc on est sur l'écriture de la seconde saison, avec la seconde troupe du Jamel Comedy Club. On a également monté une comédie musicale que l'on est sur le point de répéter. Et, je vous donne une exclusivité, elle sera jouée - on l'espère - en octobre 2011. On a donc quelques projets à moyen et long terme, mais LE projet qui prend vraiment mes tripes, c'est mon spectacle.

En tant que connaisseur de jeunes talents, est-ce qu'il y a des humoristes marocains qui vous plaisent particulièrement?

J'aime beaucoup Hanane Fadili. Je la regarde souvent à la télévision et elle me fait hurler de rire. J'ai aimé aussi l'humour de Bziz et Baz, qui ne sévissent plus maintenant, mais c'était assez caustique. Et j'ai rencontré Hassan El Fad très récemment sur Internet, et je trouve qu'il a beaucoup de surface. En fait, je pense que le Maroc regorge des bases de l'humour. Ici, l'humour est un moyen de communication, cela fait partie intégrante de la culture. C'est un pays en voie de développement et c'est pour cela que l'on est encore conscient que les choses les plus vraies sont les rapports humains. De plus, l'humour est un vecteur de communication extraordinaire, moi j'ai appris à être drôle avec mon grand-père, ma mère, qui est plus drôle que moi d'ailleurs. Heureusement, personne ne le sait (rire)! Pour cet évènement, le Maroc était donc une évidence. Il suffit d'aller voir à Djemaa El Fna la façon avec laquelle les conteurs attirent l'attention, c'est digne de cours de la Comédie française. Beaucoup de Marocains ont des dispositions pour être marrant et je pense que l'on ne se trompe pas en faisant ici un festival d'humour.

D'ailleurs, comment est née l'idée de ce Festival “Marrakech du rire”?

En fait, cela fait des années que l'on en parle avec mon frère et jusqu'à présent on avait ni l'expérience, ni les outils pour le faire. Maintenant, l'expérience est là et on est très bien conseillé. Puis, au Maroc aujourd'hui, il y a les infrastructures pour accueillir ce genre de choses et ça n'a pas toujours été le cas. Et puis avant le Jamel Comedy Club et la découverte de talents, nous n'avions pas grand chose à proposer. Enfin, Internet aujourd'hui a permis beaucoup de choses: on a découvert Abdelkader Secteur qui est un comique de Ghazaouet [ndlr. petit port d'Algérie] qui a fait sa carrière dans les mariages. En échange d'un repas chaud, il faisait marrer les gens. A tel point qu'il est connu de tous, sans avoir jamais fait une interview. On l'a amené en France pour un spectacle, il ne voulait pas prendre l'avion la première fois (rire), on lui a fait passer une interview sur Beur FM et depuis la salle ne désemplit pas. Pour nous c'est super. Je suis convaincu que son spectacle va plaire aux Marocains.

On sent que vous êtes un véritable passionné. Mais, si vous n'aviez pas fait ce métier de comique, qu'auriez-vous exercé comme profession?

(Hésitation)... Je ne me suis jamais posé la question. C'est une question très intéressante, c'est la première fois qu'on me la pose. En fait, je n'ai pas vu d'alternative sans que ce soit pour autant une évidence. Que ça marche ou que ça ne marche pas, c'est ce que j'aurais fait. Après, il y avait bien prostituée mais c'est trop contraignant, il faut travailler en groupe... (rire).

Et est-ce qu'il est toujours facile de faire rire, même quand l'on n'est pas dans un bon jour?

Je pense qu'il y a une nature, et puis si on veut faire rire sur une scène, c'est énormément de travail pour réussir à faire passer ce que l'on veut dire et surtout de manière rythmée et drôle. C'est un travail de titan. Non, ça n'est pas toujours facile de faire rire!

Et est-ce que c'est une carrière facile, au sens où l'on court le risque d'arrêter de faire rire à un moment donné? Est-ce une carrière que vous souhaiteriez, maintenant que vous êtes papa d'un petit Léon, à votre fils?

Moi je souhaiterais à mon fils de faire ce qui le rend le plus à l'aise possible. Ce qui fait peur dans ce métier, ce sont les déceptions et les humiliations car quand tu es devant des gens que tu n'amuses pas, ils te le font ressentir immédiatement. Et toi, tu repars avec des points en moins dans ton estime personnelle. Il faut être courageux et c'est sans flagornerie que je dis ça.

Enfin, vous êtes actuellement à l'affiche du film Hors la loi du réalisateur franco-algérien Rachid Bouchareb, qui sera présenté au prochain Festival de Cannes. Celui-ci suscite déjà la polémique par la voix de Lionel Luca, député UMP des Alpes-Maritimes, qui dit que le film est une “falsification de l'histoire”. Quelle est votre opinion?

A-t-il seulement vu le film? Il ne sait pas de quoi il parle. C'est la suite d'Indigènes, sur la création du FLN et la continuité de l'histoire des Arabes en France. Je suis très honoré d'avoir participé à cette aventure. Cela permettra à nos enfants de comprendre notre histoire commune. Je pense que l'on a fait un travail pédagogique en plus d'être cinématographique. Franchement, il est super le film.

“En terme d'humour, le Maroc est une évidence. Il suffit d'aller voir à Djemaa El Fna la façon avec laquelle les conteurs attirent l'attention, c'est digne de cours de la Comédie française. Beaucoup de Marocains ont des dispositions pour être marrant et je pense qu'on ne se trompe pas en faisant ici un festival d'humour.”

Propos recueillis par Muriel Tancrez, pour le Journal Aufait - Casablanca / crédit photo - droits réservés Muriel Tancrez

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